Le Modèle Noir de Géricault à Matisse au Musée d'Orsay

Derniers jours avant une escale à la Guadeloupe !

Madeleine, Joseph, Laure, Maria… Sans les connaître, vous les avez déjà vus.

Membres d’une minorité que l’on dit visible souvent passée inaperçue, on les retrouve dans les œuvres majeures de Théodore Géricault, Charles Cordier, Jean-Baptiste Carpeaux, Edouard Manet, Paul Cézanne, Henri Matisse,ou encore sous l’objectif de Nadar et Carjat. Beaucoup venaient des Antilles — Martinique, Guadeloupe, Saint-Domingue (Haïti) ou Cuba, preuve que dès le 18ème siècle on trouve une population noire en France.

De New York à Paris et de Paris à Pointe-à-Pitre

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Entre histoire de l'art et des idées, l’exposition du musée d’Orsay retrace la représentation des Noirs en peintures et en photographies, de 1794, année du premier décret d’abolition de l’esclavage jusqu’à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, quand s’affirment le mouvement de la négritude et le jazz.

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Si vous ne l’avez pas encore vue, allez-y, courez-y !

Les œuvres sont belles et d’une grande force. Le 21 juillet, il sera trop tard !

Enfin, pas tout à fait. Après la Wallach Art Gallery à New-York et le musée d’Orsay à Paris, l’exposition s’envole pour le Mémorial ACTe de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe au mois de septembre. C’est inédit, c’est historique, jamais un tel ensemble d’œuvres majeures — plus de 300 pièces — n’a été présenté dans un département d’outre-mer.

 

 

Laure, dans l’ombre d’Olympia

"Il y a plus d’études sur le chat noir que sur Laure”.

Pap Ndiaye, historien, professeur des universités à Sciences Po Paris et membre du comité scientifique de l’exposition, dans une interview au Huffington Post

Laure, c’est la servante noire, deuxième personnage principal du tableau de Manet. Elle habitait au troisième étage du 11, rue de Vintimille, un quartier multiethnique de Paris fréquenté par les artistes.

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Dans l’axe principal de la première salle de l’exposition, Olympia attire les regards tout comme en 1865 où elle fit scandale. L’apparence désinvolte de la demi-mondaine diaphane et étendue, contraste avec l’attitude déférente de sa domestique, bouquet de fleurs dans les bras, cadeau d’un ″admirateur". La peau sombre de Laure se fond littéralement dans les tentures. A ses pieds, un mystérieux chat noir dont la présence obsédante pour les critiques d’art ne fait q’accentuer l’anonymat de la pauvre Laure.

Le tout évoque la réussite sociale de la prostituée, ce qui rend la scène d’autant plus subversive : à la manière de la bonne bourgeoisie, elle peut s’offrir les services d’une domestique noire. Plus qu’un individu, Laure est un signe extérieur de richesse.

Madeleine, servante guadeloupéenne au port de reine

Le couple Benoist-Cavay, colons de la Guadeloupe, est de passage en métropole. Madeleine leur domestique, sans doute nouvellement affranchie (on est entre 1794 et 1802) les accompagne. Leur belle-sœur, Marie-Guillemine Benoist, une peintre à succès, entreprend de faire le portrait de la jeune servante.

 
Madeleine par Marie-Guillemine Benoist, 1800

Madeleine par Marie-Guillemine Benoist, 1800

 

Ce tableau d’une belle femme à la peau noire drapée de blanc, digne et au regard tranquille, vous est sûrement familier. Portrait d’une Négresse, c’est ce qu’on lit dans le livret du Salon de 1800. Si elle pose à la manière des femmes blanches des classes supérieures, sa tenue et son sein dénudé évoquent un idéal exotique. Ce chef d’œuvre de la peinture néo-classique, qu’on entrevoit dans le clip de Beyoncé et Jay-Z réalisé au Louvre, s’appelle désormais "Portrait de Madeleine".

Joseph, héros du Radeau de la Méduse

Joseph est né à Saint-Domingue (Haïti) vers 1793. A Paris, il travaille dans la troupe de Madame Saqui, une acrobate, et y joue les Africains. Découvert par le peintre Théodore Géricault, il travaille comme modèle à l’école des Beaux-Arts de Paris et pose pour d’autres artistes.  

L’homme torse nu juché sur un tonneau et qui agite un foulard rouge porteur de l’espoir d’une poignée de rescapés hagards, c’est lui. Le célèbre tableau de Géricault, illustre le naufrage de la frégate coloniale La Méduse en 1816, au large des côtes de l'actuelle Mauritanie. Géricault qui avait longuement enquêté sur le drame, choisit de représenter trois Noirs sur sa toile, alors qu’en réalité, il n’y en avait qu’un. Beaucoup y voient une des marques de son abolitionnisme engagé.

Pour son tableau "Le Seigneur chassant le démon du haut de la montagne", Ingres a besoin d’un Noir pour représenter le Mal. Il demande à Théodore Chassériau son élève, de lui réaliser une Étude de Noir (devenue Étude d’après le modèle Joseph). L’homme expressif que réalise le jeune peintre n’a rien de diabolique. Et pour cause. Né à Saint-Domingue lui aussi, Théodore était lui-même métis…

 
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L'art contre l'esclavage

Je ne sais pas lequel des deux tableaux est le plus violent : L'Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises en 1848 de François-Auguste Biard ou Le châtiment des quatre piquets de Marcel Verdier en 1843.

Le premier représente une liesse populaire : les esclaves affranchis exultent aux pieds de Blancs libérateurs tandis que le drapeau tricolore flotte au vent, promesse d’un nouvel ordre républicain. C’est l’image de la France progressiste des Lumières pourtant en retard sur le Royaume-Uni, l'Espagne ou le Portugal. C’est taire les soulèvements et la colère qui se sont manifestés à la même période.

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L’autre dépeint une scène de châtiment corporel infligé aux fugitifs. La scène frappe par la diversité des points de vue : le maître vaguement ennuyé et cigare à la main, se tient à l’ombre tandis que c’est un Noir qui inflige la punition à l’esclave qui se tord de douleur. L’enfant témoin de la scène qui pour elle entrera dans la normalité, les esclaves résignés…

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Le tableau de Verdier s’est vu refuser le Salon du Louvre en 1843, par crainte "d’attiser la haine populaire contre nos malheureuses colonies". On appréciera la sensibilité…

Figures politiques et littéraires

Avec la Révolution française arrivent les portraits d'individus noirs émancipés, comme Jean-Baptiste Belley par Anne-Louis Girodet.

On peut voir également une série de portraits fidèles, franches ou grossières caricatures d’Alexandre Dumas Père, petit-fils d'une esclave affranchie de Saint-Domingue.

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Puis c’est l’entrée dans le 20ème siècle, l’entre-deux guerre où le jazz électrise le Paris des années 1920 qui se pâme pour Joséphine Baker.

Le mouvement de la négritude s’affirme avec la création en 1931 de la Revue du Monde Noir et par les poètes Léon Gontran Damas, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor qui fondent la revue L'Etudiant noir en 1935. 

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Informations pratiques

Horaires : 26 mars > 21 juillet

  • Fermé le lundi

  • 9:30 > 18:00 du mardi au dimanche

  • Nocturne le jeudi (9:30 > 21:45)

Adresse : 62 rue de Lille, Paris 7

Tarifs

  • 26 ans UE, chômeurs et personnes handicapées : Gratuit 

  • Tarif réduit : 11 € 

  • Tarif plein : 14 € 

Site officiel : www.musee-orsay.fr